Présidentielle 2022 : à Reims, quand la campagne commence

2021-11-16 14:54:20 By : Mr. James Wen

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Au plus fort de la campagne, "La Croix" sort à la rencontre des rémois, où les résultats 2017 se rapprochent des scores nationaux. Cette fois, alors que le choix des candidats se dessine au sein des partis, les supporters du Stade de Reims confient leurs attentes pour 2022.

Présidentielle 2022 : à Reims, quand la campagne commence

Des supporters lors de la rencontre entre le Stade de Reims et Lorient en septembre.

A l'entrée du stade Auguste-Delaune, à Reims (Marne).

C'est un dimanche de septembre, capitonné d'une blancheur automnale. Un peu ton sur ton, le stade de Reims, érigé sur ses pilotis d'acier, surveille la formation des grappes de supporters. Toujours verrouillé, il montre juste la silhouette de bronze d'un joueur légendaire. Raymond Kopa, premier Ballon d'Or français en 1958, s'est formé à l'école du non moins légendaire Albert Batteux, l'inventeur du « Football de Champagne ».

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La campagne présidentielle semble loin, qui d'ailleurs n'en est qu'à ses balbutiements. Dans le même temps, les sympathisants écologistes cliquent pour départager leurs candidats - Yannick Jadot, d'une petite tête. A Villeurbanne, les socialistes décident que seuls les adhérents désigneront leur future championne, Anne Hidalgo. Éric Zemmour enflamme Fréjus, mais ne se déclare toujours pas. Et la droite cherche la bonne façon de trier ses trop nombreux prétendants.

Non loin de l'entrée « VIP », Fabrice (1) attend. Corps massif vêtu de couleurs sombres, visage doux surmonté d'un béret noir. Ce n'est pas le clash avec les Lorientais, attendu dans moins d'une heure, qui l'y amène, mais l'invitation adressée par le maire à certains responsables d'auto-école.

Fabrice, de toute façon, n'a pas la tête au sport. Ni pour discuter des nouveaux critères de circulation en centre-ville. Non, ce qui l'occupe l'esprit, c'est l'explosion des indépendants. Quatre ans que ça s'aggrave, cette concurrence déloyale. Que ça le mine. Dans ses trois agences, il employait 13 salariés, ils ne sont plus que six… « Ne pas voter, ça n'aide pas, je sais. En 2017, j'étais très intéressé par la campagne, les programmes, mais au second tour, j'ai abandonné. Là, je vais peser le pour et le contre…"

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Transporteur à 17 ans, Fabrice a déjà vingt ans de travail acharné derrière lui. Son visage reste impassible, mais il bouillonne à l'intérieur. Le règlement sur les examens de conduite, décidément, ne passe pas. Même si l'aide reçue pendant la crise la fait souffler un peu, elle ne bouge pas, depuis quatre ans, "l'économie souffre". "Bien sûr, je ne voterai pas Macron, j'irais plutôt vers Marine. Elle sait parler aux gens, et la protection des Français est ce dont nous avons besoin. Mais j'aimerais qu'elle s'affirme. La dernière fois, elle ne pouvait pas gérer le débat, elle m'a fait peur."

Familles et amis affluent désormais vers les portiques. Imperturbable, le stade en a vu d'autres, qui engloutit plus de 20 000 spectateurs les soirs de gala. L'accueil des Rémois, c'est une histoire qui remonte à son père, le stade vélodrome né en 1935, et même à son ancêtre, le parc Pommery où, à l'aube du siècle, s'affrontaient les ouvriers du champagne.

Même la guerre n'interrompit pas cette longue compagnie, lui léguant un autre nom en héritage, celui d'Auguste Delaune. Athlète de haut niveau et travailleur communiste. Tombé entre les mains de la police française aux environs du Mans, mort sous les tortures de la Gestapo à l'âge de 37 ans.

Monique et Jacques connaissent l'ancien vélodrome et rendent visite à son descendant toutes les deux semaines depuis dix ans. Avant la crise sanitaire, les deux sexagénaires s'offraient un voyage par an. Alors, à défaut du Pérou ou de l'Inde, ce retour au stade les rend heureux. Là, ils finissent leur goûter avant de se diriger vers les gradins.

Jacques ressemble à Pierre Perret, avec un sourire doux et des yeux pétillants. Monique a le ton dynamique, les cheveux courts et une veste en jean. Anciens ouvriers, elle à la robinetterie, lui à l'automobile, ils habitent le quartier Clairmarais, celui des entrepôts depuis le XIXe siècle.

Jacques : « J'ai passé ma vie à l'usine, je ne me voyais pas ailleurs qu'à gauche. Un peu par tradition mais aussi par état d'esprit. Je ne sais pas… pour que les travailleurs aient plus de pouvoir d'achat. "

Monique : "Quand on a travaillé ce qu'on a travaillé, ce n'est pas normal que ceux qui ne travaillent pas gagnent l'équivalent du SMIC..."

Jacques : "C'est un peu contradictoire... c'est plus des idées de droite, ça..."

En 2017, avec le même enthousiasme, ils ont bloqué Marine Le Pen. Quatre ans plus tard, ces parents de trois enfants majeurs saluent les mesures prises durant le quinquennat en faveur des jeunes. Ils ne sont pas à plaindre, insiste Jacques. Ils comptent tout de même à la fin du mois, souligne Monique. Les deux sont furieux de leurs retraites qui n'ont pas été revalorisées.

Monique soupire : « De toute façon, je ne sais pas si je voterai, je ne trouve pas un bon. Leur propagande m'agace quand ils ne tiennent pas leurs promesses. On ne prend pas toujours les mêmes, mais on recommence quand même… »

Ça y est, le stade allume ses lumières et ses écrans géants, illuminant ses enfants en rouge et blanc qui tentent, à grandes enjambées, de passer les défenses bleues. Tribune Jonquet, les supporters rémois ont la force du nombre. Tribune Batteux, les Lorientais, torse nu, misent sur le son tonitruant de leurs chansons et de leurs tambours. Au-delà de la ligne blanche, une autre course se dessine en silence. Celui des jeunes collectionneurs de balles, agiles et discrets. Certains d'entre eux viennent du quartier Croix-Rouge, l'un des plus pauvres de la ville.

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Long corps rassemblé dans l'un des sièges en plastique blanc, crâne rasé et fine moustache, Stéphane les suit des yeux. Il les forme quand il ne travaille pas à l'usine. Derrière le masque qu'il réajuste, sa voix calme peine à se faire entendre. Cependant, il porte des conclusions définitives. Arrivé de la région parisienne il y a dix ans, cet ancien éducateur sportif désespère de la stigmatisation des habitants de son quartier. En 2017, il a voté Mélenchon, puis Macron. Mais il pense qu'il ne met plus de bulletin dans l'urne.

« Tout ne se passe pas là-haut, cela se passe à côté de chez nous. Je suis dégoûté de la politique du ventre des élus : « Quand ça peut me satisfaire, je le fais ». Je préfère, quand je peux, dans mon compartiment, donner de mon temps. On se débrouille, mais dans les quartiers, la vie devient de plus en plus dure, le prix de la nourriture augmente, même quand on travaille. Je connais beaucoup de gens comme moi, qui vivent au jour le jour et ne se projettent plus. "

En bas, les joueurs peinent à faire la différence, et les enfants ne cessent de rattraper les balles perdues. A la mi-temps, les attentes des supporters restent en suspens. Le stade sait le contenir, alignant des tonneaux à refaire, autour d'un verre ou de frites, cette première mi-temps quelque peu poussive. Philippe et Bernard se sont faufilés au bon moment. Ils ont déjà leur bière en main lorsque les files d'attente s'allongent devant les buvettes, où les étudiants gagnent assez pour alléger la pression financière.

Des supporters lors de la rencontre entre le Stade de Reims et Lorient en septembre. / Elyxandro Cegarra / Panoramique

Cheveux grisonnants et yeux perçants, Philippe se lance. Il a des choses sur le cœur, du moins pour longtemps dans la tête. Sa voix n'est pas si forte mais empreinte d'autorité. Son ami aime voir exploser sa détention militaire habituelle. Polo rose et chaîne dorée, Bernard a un visage accueillant. Il y a seize ans, il a monté son entreprise de machines dédiées à la fabrication du champagne qui, depuis la fin du confinement, tourne à plein régime. Un brin moqueur, il prévient : "Allons-y, mais on va pas forcément avoir le même discours..."

Philippe : « Que s'est-il passé depuis quatre ans ? Eh bien, pas grand-chose. Le problème, c'est justement la stagnation, la perte de temps. Cela fait des décennies que les valeurs que je porte n'ont pas été représentées, la sécurité, le fait de s'en charger collectivement dans l'intérêt de la France, de ne plus être contraint par une minorité… Oui, un peu plus de fermeté. "

Bernard : « Là où je suis d'accord, c'est que le sort de chacun appartient à chacun. A chaque élection présidentielle, on croit au messie, mais ce n'est qu'une pensée ! Et c'est vrai que la France est ingouvernable et que les syndicats ont intérêt à se réformer. Il faut qu'ils arrêtent de confondre nos PME avec le CAC40 ! "

Philippe : « J'attends beaucoup de la candidature de Zemmour. Il connaît tous les dossiers, et même s'il y a peu de chance qu'il aille au bout, ça va animer l'élection, ça peut faire un déclic, un coup de pied dans la fourmilière. "

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Bernard : « Moi, qu'un tiers des candidats soient encore aux extrêmes, je ne peux pas comprendre. Ces personnes posent de bonnes questions mais n'ont pas les bonnes réponses. En 2017, j'ai voté pour le moins mauvais. C'est la première fois que je vote à gauche ! Pour moi, ça se jouera entre Macron, Pécresse ou Bertrand..." "Mais chacun fait comme il veut", ajoute-t-il à l'adresse de Philippe, qui regrette déjà d'avoir été sorti de sa réserve. Le coup de sifflet clôt des discussions comme humeurs.

Trois quarts d'heure plus tard, les deux amis vont se noyer dans le flot qui va couler du stade. On s'attarde peu, le tirage laisse un goût amer, la fraîcheur tombe et le dimanche se termine. Le stade, cependant, conserve encore les plus fervents. De ses entrailles, sortiront les berlines des joueurs. Parfois même quelques stars à pied, à portée d'autographes.

L'emplacement stratégique est à proximité d'une chicane qui oblige les voitures à ralentir. Les supporters y gagnent un geste de leur champion, parfois quelques minutes d'échange. Et peu importe si l'envie de rencontrer des gens est parfois moins forte que le souci d'épargner sa carrosserie. Ça marche. Camille le sait, postée là avec son père et son frère, emmitouflée dans un châle de laine à gros carreaux. A 26 ans, dont treize pour supporter le stade de Reims, elle ne risque pas d'être surprise.

Depuis quelque temps, elle travaille comme vendeuse en région parisienne. Mais souvent, elle revient à Reims, et dans son stade. Il y a cinq ans, elle croyait en Macron, et n'a pas changé d'avis, se félicite des réformes "au plus près de la vie des gens", comme celle de la taxe d'habitation. Confie constatant que le travail n'est pas assez récompensé et « a du mal » avec l'aide sociale. « J'ai aussi un côté empathique, ajoute-t-elle aussitôt.

« Je ne pourrai pas voter aux extrêmes, pour des idées fixes et sans savoir ce qui pourrait arriver. Et puis, j'ai beaucoup de mal avec le racisme, ça ne représente pas la France, du moins pas l'idée que j'en ai. » Et en 2022 ? « Je choisirai le candidat qui apparaît le plus honnête, celui qui présente des choses réalisables. Avec charisme et sensibilité à l'écologie. Mais c'est bien trop tôt ! Comme en 2017, je m'y intéresserai au dernier moment. "

Principaux candidats déclarés : Nathalie Arthaud (LO) ; François Asselineau (UPR) ; Michel Barnier (LR) ; Xavier Bertrand ; Eric Ciotti (LR) ; Nicolas Dupont-Aignan (DLF) ; Philippe Juvin (LR) ; Jean Lassalle (Résistons !) ; Florian Philippot (patriotes) ; Philippe Poutou (APN) ; Arnaud Montebourg ; Denis Payre (LR) ; Valérie Pécresse (Gratuit !) ; Jean-Frédéric Poisson (LVP) ; Fabien Roussel (PCF) ; Antoine Waechter (MEI).

Candidats déjà désignés par leurs partis : Yannick Jadot (EELV) ; Anne Hidalgo (PS) ; Marine Le Pen (RN) ; Jean-Luc Mélenchon (LFI)

Candidats possibles : Emmanuel Macron (LREM) ; Éric Zemmour ; Jean-Christophe Lagarde (UDI) ; congrès le 4 décembre pour désigner le candidat LR. Xavier Bertrand laisse planer le doute sur sa participation.

Dernier sondage en date (Harris Interactive for Challenges, 6 octobre) : Emmanuel Macron (24 à 27%) ; Éric Zemmour (17 à 18 %) ; Marine Le Pen (15 à 16 %) ; Xavier Bertrand (13 %) ; Valérie Pécresse (11 %) ; Jean-Luc Mélenchon (11 %) ; Michel Barnier (7 %) ; Yannick Jadot (6 à 7 %) ; Anne Hidalgo (6 %) ; Arnaud Montebourg (2%).

(1) Tous les prénoms ont été modifiés.

48 heures avant la date limite d'adhésion au parti Les Républicains pour pouvoir voter au Congrès,

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